Les vacances sont souvent pour moi source de visite de musées, château, recherche documentaire en lien avec ma spécialité, la rénovation de meuble et bien entendu, la peinture sur meuble. La fameuse commode Louis XV à fond bleu et décor peint et vernis Martin est souvent associée à l’entourage de Louis XV ou de ses maîtresses qui appartient aux collections du Musée du Louvre. Paris m’a tout particulièrement intéressée.
- Caractéristiques de la pièce : Il s’agit d’une commode sauteuse galbée en chêne ouvrant par deux grands tiroirs sans traverse, portant l’estampille de l’ébéniste Matthieu Criaerd.
- Décor : Un fond peint bleu et blanc en vernis Martin orné de motifs rocaille (fleurs, branchages, oiseaux).
Voici l’histoire fascinante de cette commande royale et les secrets techniques qui l’entourent.
En 1742, le marchand-mercier Thomas-Joachim Hébert livre cet ensemble (commode et encoignure) d’un genre totalement nouveau au château de Choisy. Louis XV vient d’acheter et d’agrandir ce domaine pour y séjourner en toute intimité,
loin de la rigidité de la cour de Versailles.
- La destinataire : Le meuble est conçu spécifiquement pour la Comtesse de Mailly, la première favorite officielle de Louis XV.
- La « Chambre Bleue » : La commode et son encoignure assortie devaient intégrer la chambre à coucher de la Comtesse, entièrement décorée d’une étoffe de moire bleue. Pour s’accorder parfaitement à cet écrin, l’ébéniste Matthieu Criaerd conçoit un meuble révolutionnaire qui rompt avec les traditionnels placages de bois sombre ou de laque noire.
- Le choix du bronze argenté : C’est l’une des plus grandes audaces de cette pièce. Alors que la cour ne jure que par le bronze doré à l’or fin, l’ébéniste et le marchand-mercier optent pour du bronze argenté, jugé beaucoup plus doux et harmonieux sur le fond blanc et bleu.
Le Vernis Martin : l’arme secrète du luxe français
Au XVIIIe siècle, l’Europe est folle des laques de Chine et du Japon. Cependant, ces panneaux d’importation coûtent une fortune et imposent des contraintes techniques : ils sont plats et difficiles à adapter aux galbes prononcés des commodes Louis XV.
- L’invention des frères Martin : En 1728, les frères Guillaume et Étienne-Simon Martin déposent un brevet à Paris pour une laque imitation d’Orient à base de résine copal, d’huile de lin et de térébenthine. Ce « vernis Martin » s’applique facilement sur les courbes des meubles en plusieurs couches successives soigneusement égrainées.
- Il est important de noter que ces motifs ne sont pas des copies fidèles de dessins chinois. Les artisans français de l’époque, fortement influencés par les gravures et les tableaux de peintres célèbres comme François Boucher ou Antoine Watteau, réinventent une Chine imaginaire. C’est une vision idyllique, légère et festive, totalement libérée des règles rigides de l’art académique français.
- Une liberté de couleurs totale : Contrairement à la sève du laquier asiatique, qui limite la palette au noir, au rouge et au brun, le vernis Martin permet l’utilisation de pigments occidentaux. C’est ainsi que naissent les décors sur fonds pastel.
- Bien que le vernis Martin ait tendance à jaunir légèrement et à craindre l’eau avec les siècles, cette commode reste le chef-d’œuvre absolu de cette technique appliquée au mobilier royal.
Photo : commode estampillée Matthieu CRIAERD